LAM - Les Afriques dans le monde

Fariba vient d’être condamnée

 

Besoins d’Usbek.

Fariba vient d’être condamnée à 6 ans d’emprisonnement. La peine passée et la révolte exprimée que reste t il à dire à Fariba ? Que le combat continue et que nous continuerons sans relâche à agir derrière  son comité de soutien et à intervenir pour que justice lui soit rendue.

Que reste-t-il à dire aux autorités iraniennes ? Qu’il fut une époque en Aquitaine où pour le bonheur de l’humanité les Persans étaient érigés en gens sages, capables de donner des leçons au monde entier en faisant confiance à la raison dont ils portaient haut « les Lumières ». Usbek incarnait cette Raison et ces Persans-là émerveillaient par leur sagacité et leur sagesse. Peut-on en dire autant des dirigeants d’aujourd’hui ?

Laissons leur « parolier », Montesquieu, intervenir pour nous en ces heures sombres. Nous savons tous, écrivait-il, que « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » (L’Esprit des Lois, 1748) et nous constatons à nouveau qu’ « il n’y a pas de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice » (Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et leur décadence). Rien de nouveau donc sous le soleil d’Iran, où un ordre nouveau porteur de grands espoirs s’était pourtant levé contre une tyrannie. N’était-ce que pour en installer une autre, que pour bafouer à nouveau la Justice et avouer sa propre décadence ?

Une nouvelle fois l’injustice l’emporte. À travers celle commise contre Fariba, c’est bien l’iniquité et la partialité qui transparaissent. Attention, ne nous trompons pas comme nous le rappelle l’une des citations les plus célèbres de Montesquieu : « Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous ». Qui peut désormais ne pas désespérer de cette « justice »-là et ne pas trembler devant son imprévisibilité et son iniquité ? Fariba que l’on emprisonne, c’est la raison et le libre arbitre que l’on bâillonne.

Convoquons pour finir Usbek, le plus sage des deux Persans, pour rallumer l’espoir que deux familles de troglodytes survivantes et vertueuses portaient toujours : « ils leur faisaient surtout sentir que l'intérêt des particuliers se trouve toujours dans l'intérêt commun ; que vouloir s'en séparer, c'est vouloir se perdre ; que la vertu n'est point une chose qui doive nous coûter ; qu'il ne faut point la regarder comme un exercice pénible ; et que la justice pour autrui est une charité pour nous. (Lettres persanes, 12) ».

Il est temps que la vertu et la raison l’emportent de nouveau en Iran. Soyez dignes d’Usbek, libérez et faites justice à Fariba.

Pessac ce 17 mai 2020, en Nouvelle Aquitaine.

Dominique Darbon
Directeur, UMR LAM 5115 CNRS, Sciences Po Bordeaux