LAM - Les Afriques dans le monde

Axe 2 — RESSOURCES, INÉGALITÉS, CONFLITS

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Responsables : Vincent Bonnecase & Hélène Dumas

Ce deuxième axe vise à questionner dans un large spectre problématique, disciplinaire et thématique les tensions inhérentes à l’hétérogénéité croissante des sociétés africaines, caribéennes, arabes et plus largement issues des mondes coloniaux, ainsi qu’à leur insertion inégale dans l’économie mondiale. Ces sociétés contemporaines sont en effet tout à la fois marquées par la persistance d’une grande pauvreté qui reste l’objet d’une forte focalisation institutionnelle, par l’affirmation d’une élite de plus en plus mondialisée et par l’essor de « classes moyennes » – ou de ce que l’on désigne comme telles – qui participent à ce que l’on appelle, de manière discutable, l’« émergence». Penser ensemble l’accès aux ressources, les inégalités et les conflits n’amène pas à présupposer des relations de cause à effet mécaniques entre les nombreux phénomènes politiques, économiques et sociaux qui peuvent se retrouver derrière chacune de ces trois notions, pas plus que cela ne suppose d’essentialiser des violences sociales dont la mise en exergue est longtemps allée de pair avec le fantasme d’un exceptionnalisme africain. L’enjeu consiste au contraire à interroger dans leur banalité la complexité des rapports sociaux et politiques qui se jouent sur le continent et dans de nombreux autres pays du Sud derrière l’inégale répartition des richesses et des positions, en prêtant toute notre attention au renouveau d’approches critiques qui invitent à voir dans l’économique une ressource politique essentielle tant dans l’exercice de la domination que dans la formation de la contestation (Hibou 2011).

A. Systèmes de production, économies globalisées et distribution des ressources

Si les systèmes de production et leur lien avec la stratification sociale constituent une vieille question en sciences sociales, il apparaît important d’en renouveler l’approche dans le cadre d’économies africaines de plus en plus globalisées et de mobilités sociales sans doute plus marquées que par le passé. Au-delà de l’organisation même de la production en milieux urbain et rural et de la structuration des marchés sur les plans formels et informels, ce sera la reconfiguration des territoires et des réseaux d’acteurs à travers les pratiques socio-économiques qu’il s’agira de questionner.

La croissance des économies africaines depuis le début du nouveau millénaire suscite un élan d’optimisme sur le développement du continent. Pour autant, les fondements et les déterminants de cette croissance sont à interroger, non seulement sous un angle économique et social, au regard de sa soutenabilité et de ses effets sur les populations, mais aussi à travers le prisme d’une économie politique du chiffre, au regard des conditions de production des statistiques et de leurs usages politiques (Desrosières 1993). On peut ainsi se demander dans quelle mesure l’essor économique des Afriques traduit des changements structurels profonds des systèmes productifs nationaux et locaux, dès lors que l’insertion internationale des économies africaines s’inscrit dans une reconfiguration des partenariats qui n’implique pas nécessairement une modification quant à la vulnérabilité de ces systèmes productifs ou quant à leur capacité à contribuer à une croissance partagée. D’une manière plus générale, on pourra se demander si ce « nouvel âge » remet vraiment en cause le régime de colonialité construit lors des indépendances, peu abordé par les études postcoloniales. La propension des États à créer des conditions favorables à la croissance doit être interrogée au regard de leur capacité à investir dans les biens publics et corriger les imperfections de marché, de leur soutien au développement des initiatives privées, et de leur rôle dans la redistribution et la protection de leurs populations des chocs internes et externes. Dans quelle mesure produire des statistiques de la croissance traduit-il des rapports de pouvoir non seulement entre les gouvernements africains et les bailleurs internationaux, mais aussi entre ces mêmes gouvernements et leurs populations, par exemple lorsque les chiffres concourent à dessiner un « pacte de sécurité » (Hibou 2006) ? La mise en nombre des réalités économiques demandera ainsi à être envisagée comme une technique de gouvernement des populations et de gestion des conflits autour des ressources.

La compétition autour des ressources foncières, en particulier, a donné lieu à une abondante bibliographie où il a pu être notamment question de la concurrence des activités dans les zones rurales, des déguerpissements dans les villes ou, de manière plus transversale, de l’« empilement des normes » (Chauveau, Le Pape & Olivier de Sardan 2001) et de l’enjeu de l’« autochtonie » dans l’accès à la terre et dans la compétition foncière (Bayart, Geschiere & Nyamnjoh 2001). Si la question foncière a été au cœur de bien des instabilités politiques, il apparaît essentiel de prolonger ces questionnements à un moment où la terre, particulièrement en Afrique, fait l’objet d’investissements – accaparements – internationaux inédits par leur ampleur, de nouvelles reconfigurations juridiques et de tensions sociales mobilisant des acteurs de plus en plus hétérogènes. Dans un contexte de compétition urbaine accrue, des politiques d’aménagement sont mises en œuvre dans la plupart des capitales africaines afin de renforcer leur attractivité et leur caractère de vitrines de l’insertion dans la mondialisation de ces pays : ces aménagements urbains se traduisent souvent par de vastes opérations de déguerpissement des populations pauvres résidant dans les quartiers proches du centre. En milieu rural, la multiplication des processus d’accaparement des terres ou de l’eau contribue à une forme de privatisation de la terre au profit de consortiums internationaux ou nationaux et à l’exclusion d’un nombre croissant de paysans. Il sera important d’analyser les stratégies déployées par ces citadins relégués en périphérie et ces ruraux exclus de leurs terres face à ces processus d’éviction.

La gestion des ressources environnementales en milieu rural, notamment celle de l’eau, des sols, des sous-sols et de la végétation dans les sociétés rurales, a également fait l’objet de nombreuses recherches qui interrogeaient la fragilité des systèmes de production locaux, les politiques de développement mises en place pour y faire face, mais aussi les stratégies déployées par les acteurs face aux ruptures environnementales et, notamment, celles que l’on englobe sous la notion générale de « changement climatique ». Il s’agira d’analyser les modifications récentes des liens entretenus entre les sociétés rurales et les ressources écologiques, en termes de vulnérabilité des équilibres environnementaux, de déséquilibres parfois induits par l’intervention d’agents économiques extérieurs, mais aussi de gestion des risques et de résilience des acteurs locaux. Sur la question de l’eau, en particulier, les dynamiques conflictuelles méritent une actualisation des analyses. Il s’agira également d’interroger les tensions auxquelles donne lieu un secteur minier en pleine expansion depuis le début des années 2000, sous l’action souvent conflictuelle des creuseurs de la filière artisanale et des grandes compagnies financées par des fonds extérieurs. En quoi ce boom minier, au-delà de ces incidences économiques, participe-t-il d’une reconfiguration des relations de travail et des arènes politiques dans les pays concernés ?

B. Pauvreté et inégalités

Cette transformation des systèmes de production et de redistribution dans des économies globalisées va de pair avec des mutations importantes dans les dynamiques de stratification sociale à l’œuvre actuellement. Alors qu’une partie importante des populations vit toujours dans une pauvreté structurelle ou conjoncturelle, laquelle reste l’objet d’interventions continues de la part des pouvoirs publics et des acteurs de l’humanitaire ou du développement international, une autre partie semble avoir bénéficié depuis une dizaine d’années d’un enrichissement relativement rapide grâce à une insertion croissante dans l’économie mondiale. Si cela appelle à nous interroger sur l’évolution des inégalités ainsi que sur la gestion politique de ces inégalités aux échelles internationale, nationale et locale, cela demande également d’étudier d’un côté les trajectoires de la réussite et de l’autre les formes nouvelles ou persistantes de la vulnérabilité.

L’émergence des classes moyennes et la transformation des élites dans les villes africaines a ainsi suscité de nouvelles pistes de recherche qui peuvent se retrouver ailleurs. Si ce double phénomène est largement investi par les acteurs du développement pour qui cette émergence va de pair avec la promesse d’un essor économique et d’une stabilisation sociale et économique durable, il importe d’articuler notre questionnement indépendamment des catégories de l’action publique et des représentations médiatiques. Nous interrogeons ainsi les réalités sociales contenues derrière ce qui relève de transformations effectives mais aussi de projections institutionnelles, ainsi que sur la validité de cette notion d’« émergence » ou de l’expression « classes moyennes » pour analyser les mutations contemporaines des sociétés citadines. Nous interrogerons également les représentations locales de ces phénomènes en reprenant l’hypothèse de « nouvelles figures de la réussite » (Banégas et Warnier 2001).

Les vulnérabilités restent quant à elles l’objet de questionnements importants, notamment pour des groupes spécifiques, tels que les enfants, les jeunes femmes dénuées de ressources et parfois assujetties au rôle de « petites bonnes » (Jacquemin 2012) ou, de manière plus transversale, les « très pauvres » (Iliffe 1987). La question de l’état de santé des populations et des inégalités d’accès aux soins (territoriale, de genre, socio-économiques) est également au cœur des problématiques actuelles des vulnérabilités. Si de nombreux travaux ont mis l’accent sur les ressorts à la fois socio-économiques et politiques de cette vulnérabilité en mobilisant la notion de capabilities (Sen 1987), il est important d’interroger, dans l’optique de « l’intersectionnalité » (Crenshaw 1991), la manière dont les processus de subordination matérielle et morale sont à l’entrecroisement de multiples rapports de pouvoir et de domination, pouvant notamment mêler la position économique et sociale, le genre, les identifications raciales et la dimension générationnelle. Il est également important de s’interroger sur l’évolution des modes de gouvernement des vulnérabilités. La gestion des marges sociales dans les espaces urbains et péri-urbains a fait l’objet de renouvellements théoriques avec, en particulier, les études critiques sur le « gouvernement humanitaire » comme technologie de pouvoir. Cela invite à questionner la manière dont des dispositifs qui mêlent parfois étroitement la fonction de l’assistance et celle du contrôle produisent de la différence et de l’individualité, mais aussi la manière dont les personnes ainsi encadrées contournent et déjouent les traitements institutionnels dont elles sont les destinataires, par de multiples tactiques ou stratégies pouvant prendre diverses formes telles que l’exit option (Hirschman 1970) ou la « ruse » (Mbembe 1988).

La faim et la malnutrition feront également l’objet de questionnements spécifiques. Ces deux phénomènes ont retrouvé une place de premier plan au sein des agendas politiques internationaux depuis ce qu’on a appelé la « crise alimentaire mondiale » en 2008 : celle-ci a concouru à la fois à redonner une visibilité à cet « intolérable » contemporain (Bourdelais & Fassin 2005) que constitue la faim dans le monde et à susciter des changements dans l’approche de ce phénomène. Tout en contribuant à la compréhension des ressorts concrets de la sous- alimentation et de la malnutrition dans des espaces ou chez des populations spécifiques, il s’agira aussi de réfléchir, en s’appuyant sur les outils de la sociologie des problèmes publics, aux conditions d’émergence de « la faim » comme objet des politiques locales, nationales et internationales, au poids des facteurs extra-alimentaires dans la fabrique des politiques alimentaires et aux luttes définitionnelles qui se jouent dans la prise en charge des personnes sous-alimentées ou malnutries.

C. Protestations, violences, guerres

Plus de trente ans après les propositions formulées par le courant dit du « politique par le bas » et par celui des postcolonial studies, il apparaît toujours essentiel de réfléchir à la diversité des formes de protestation, et notamment à ses formes les plus larvées qui, tout en s’exprimant en- dehors des espaces les plus attendus du politique, participent aux manières dont on peut « lutter dans les Afriques » (Banégas, Pommerolle & Siméant 2010). Il apparaît également essentiel d’interroger les phénomènes de violence sur le continent : ces phénomènes, loin de relever dans leurs mécanismes d’une quelconque spécificité africaine, demandent à être analysés à la lumière des contextes politiques, économiques et sociaux qui concourent à les produire.

Les dynamiques de contestations et de mobilisations constitueront un segment central de ce questionnement. S’il est important d’interroger les processus de passage de la colère à la mobilisation et ce que peuvent dirent ces processus des conceptions partagées de ce qui est juste ou injuste, il s’agira aussi de prêter toute notre attention à ce qui se joue dans le temps court de la mobilisation en termes de socialités, de cibles matérielles et de pratiques concrètes. On s’attachera également à ne pas autonomiser les répertoires contestataires les plus bruyants vis-à-vis des « arènes plus discrètes » où peuvent s’exprimer le dissentiment (Offerlé 2008) et à lier les pratiques de délégitimation aux systèmes de légitimation bâtis par les États ainsi qu’à la manière dont ces systèmes s’inscrivent dans une histoire propre. À côté des mobilisations organisées pour les demandes de services ou de justice, il s’agira aussi de questionner les formes de contestation moins visibles mais certainement plus prégnantes au quotidien, ces « empiétements discrets de l’ordinaire » (Bayat 2010) caractérisés par des actions atomisées, souvent épisodiques mais récurrentes, menées par des familles ou des individus, parfois pour accéder aux ressources collectives telles que la terre et le logement, l’eau et l’électricité, l’école et la santé, ou à des emplacements profitables tels que les rues et les places de marché. Ces empiètements politisent les environnements et peuvent conduire, selon les circonstances, à des formes d’action publique, de répression violente ou de conflits entre acteurs concurrentiels, tout en permettant d’éclairer la fabrique de l’institution et de l’ordre au quotidien.

Les violences ont pris de multiples visages dans les villes ou les campagnes au cours de ces dernières années, depuis les émeutes xénophobes jusqu’aux mouvements contre la vie chère, en passant par diverses formes de contestations plus ou moins virulentes des gouvernements en place. La lecture de ces différentes mobilisations ne saurait se réduire à une simple analyse causale, comme si elles constituaient la résultante mécanique d’une dégradation des conditions de vie, de frustration sociales ou d’une situation politique inique. Elles amènent aussi à nous questionner sur les « cadres d’alignement » (Snow 1986) du mécontentement collectif autour d’une thématique plutôt que d’une autre, sur le rôle ou l’absence de rôle des médiateurs de cause et des « entrepreneurs de morale » (Becker 1973) et sur ce que dit la violence d’une projection collective du juste, notamment en termes d’« économie morale » (Thompson 1971). Il s’agira aussi de nous interroger sur les violences dites religieuses qui, sont aujourd’hui largement appréhendées sous le prisme sécuritaire dans les champs médiatique et institutionnel. Cela vaut tout particulièrement pour les différentes formes de l’islam radical qui apparaît aujourd’hui comme un vecteur essentiel de déstabilisation. Cette dimension sécuritaire des mobilisations à argumentaire religieux, sera prise en compte mais elle sera inscrite dans ses contextes socio-économiques et politiques, et son analyse privilégiera le temps long. À rebours de toute approche culturaliste, l’étude des dynamiques religieuses, est une « porte d’entrée » à l’appréhension des grandes mutations politiques et sociales dans lesquelles ces sociétés sont engagées. Cela invite à s’interroger sur les processus d’adhésions, de participations, d’arrangements ou de refus face à ces radicalités qui, loin de constituer des phénomènes nouveaux, s’inscrivent dans une longue histoire.

La guerre a également pris de multiples formes sur le continent africain dans ces dernières années, entre les interventions militaires internationales en Libye et au Mali, les conflits interétatiques ouverts ou larvés, notamment dans la région des Grands Lacs, et les luttes menées par des groupes armés qui ne relèvent pas directement des États. Ces différentes formes de belligérance, en-deçà des différentes causes morales dont elles peuvent se réclamer, demandent à être replacées dans les grandes évolutions géopolitiques internationales, mais aussi dans les conditions très locales de leur déploiement. Il s’agit aussi d’interroger les façons concrètes de faire la guerre et la manière dont les conditions d’exercice de la violence peuvent se décliner différemment selon « ce qui fait une vie » et ce qui fait qu’on la reconnaît (Butler 2009). Il s’agit enfin d’analyser les situations de post-conflit en mettant notamment l’accent sur les camps et quartiers de déplacés ou de réfugiés, lesquels peuvent être lus comme des espaces de gestion des populations « indésirables » (Agier 2008).

 

LES PROGRAMMES DE L’AXE 2

La fabrique des politiques de lutte contre la faim entre savoirs experts, mobilisations sociales et concurrences institutionnelles
(Vincent Bonnecase, Chantal Crenn, Jean-Hervé Jézéquel)

La faim réapparaît comme un problème majeur en ce début de xxie siècle. Alors que les experts réunis au sein des conférences internationales ont multiplié depuis plusieurs décennies les déclarations d’intention promettant l’élimination ou la réduction prochaine de la sous- alimentation et de la malnutrition dans le monde, la récurrence des crises alimentaires et la multiplication des manifestations de colère face à l’augmentation des cours des denrées vivrières semblent sanctionner l’échec des politiques en la matière. L’objectif de ce programme est de mener une réflexion autour des modalités concrètes d’élaboration des politiques nationales et internationales de lutte contre la faim, du triple point de vue des concurrences institutionnelles, de l’expertise et des mobilisations sociales. Il part de l’hypothèse que ces politiques, loin d’être conditionnées par la seule réalité alimentaire ou nutritionnelle, dépendent de paramètres extra-alimentaires parmi lesquels la colère sociale, les rivalités entre les acteurs institutionnels et la production des savoirs experts jouent un rôle important. Si les terrains à l’étude se situent principalement en Afrique et au Sahel en particulier, d’autres zones de recherche pourront être envisagées à des fins comparatives.

Programme agents de l’état et acteurs humanitaires : enjeux d’une interdépendance négociée
(Alice Corbet)

Alice Corbet, anthropologue, est chargée de recherche au CNRS. Elle travaille depuis 2003 sur la thématique de la relation humanitaire et des « villes éphémères» : camps de réfugiés, de déplacés, installations « spontanées ». Grâce à une bourse de recherche du Fonds Croix Rouge française, elle va mener cette année un programme de recherche intitulé « Agents de l’État et acteurs humanitaires : enjeux d’une interdépendance négociée » dans la région de Gambella, en Éthiopie. Son équipe est composée de Mehdi Labzaé (Paris I), et de Gabrielle Bayle (SOAS, Londres). Ce projet, supporté par le Centre français d’études éthiopiennes (CFEE), consiste en une ethnographie localisée des relations entre agents de l’État et acteurs humanitaires.

Phénomènes de contestation et de violence politique : étude notamment de milices et de leur rapport au champ politique en situation de régime hybride
(Jérôme Lafargue)

Il s’agit de repérer les interactions à l’œuvre entre ces groupes et l’autorité politique (gouvernementale, oppositionnelle, extérieure), le rôle qu’ils jouent, leur degré d’autonomisation. Pour cela, une étude micro s’impose au préalable : outre les questionnements basiques (nombre d’adhérents ; durée de présence ; âge, sexe, parenté ; goûts et préférences ; accoutumances diverses ; spécialités ; expérience du combat de rue ; degré d’obéissance ; modalités du passage à l’âge adulte ; mécanismes de recrutement ; rituels d’intronisation), la réflexion porte sur le sens de l›engagement (fonction symbolique de l›entrée en milice : second foyer, opportunité de nouveau départ, moyen de contester l’autorité des aînés), sur les pratiques sociales à l’intérieur des groupes (que se passe-t-il lorsque les membres ne font pas ce pour quoi ils sont payés – attaques, protections, trafics, intimidations ? Quelles sont leurs pratiques quotidiennes – où vivent-ils, que consomment-ils, qui voient-ils ? Quels sont leurs réseaux extérieurs au groupe ? Ont-ils encore des liens familiaux, sentimentaux ? Quels sont les liens entretenus avec la religion ?), et sur le développement de techniques alternatives de coercition (quelles sont les modalités nouvelles de contraintes des corps ? Comment la terreur est-elle répandue ? De quelle façon certaines milices inventent-elles de nouvelles formes de juridictionnalité ?).

Observatoire pluriannuel des enjeux politiques et sécuritaires dans la Corne de L’Afrique. Reconfigurations politiques et socioéconomiques dans la Corne de L’Afrique
(Jean Nicolas Bach). Avec le Centre français des études éthiopiennes

Des notes d’analyse sont produites (téléchargeables sur le site de LAM : (http://lam.sciencespobordeaux.fr/programme-recherche/observatoire-pluriannuel-des-enjeux-politiques-et-securitaires-dans-la-corne-de), portant sur l’actualité politique, économique, sociale et sécuritaire des pays de la région. Ces travaux abordent de nombreux thèmes encore peu investis en France sur cette région tels que les (re)configurations partisanes, les projets de restructurations économiques et leurs implications sociopolitiques, l’« émergence » d’un islam politique dans certains pays, ou encore la construction de l’Architecture africaine de paix et de sécurité en Afrique en général, et en Afrique de l’Est en particulier. Les pays couverts sont Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Somalie, Soudan, Soudan du Sud.

Reconfigurations politiques et socioéconomiques dans la Corne de l’Afrique. Décryptage et appui aux projets des acteurs aquitains – Programme CRA
(Jean-Nicolas Bach & René Otayek)

Ce programme vise à développer la recherche et les expertises sur les recompositions politiques, économiques et sociales en cours dans la Corne de l’Afrique. Les développements récents touchant les régimes de la région dans les domaines politique (imposition et limites du multipartisme et de la « démocratie » électorale), économique (adoption du developmental state dans certains pays) et social (émergence d’une « classe moyenne ») soulèvent une série d’interrogations fondamentales, même si classiques en science politique : mutations des structures sociales, redéploiement des rapports urbain-rural, redéfinition des zones de conflits ou de coopérations régionales, mobilisations, redéfinition des zones de conflits, ou encore des rapports du religieux au politique et au social. En partenariat avec le Club d’entreprises Bordeaux Sud-Ouest Afrique de la Chambre de commerce et d’industrie.

RosesMonde - Programme ANR
(Bernard Calas)

Objets vivants de culture et de nature, les plantes ornementales sont entrées dans le domaine du patrimoine dans les années 1970-1980. Cette patrimonialisation se nourrit d’une critique esthétique de l’offre horticole et d’une critique de la marchandisation. L’originalité de la création dans ce secteur est son caractère hybride, à la fois création à vocation esthétique et obtention fondée sur des savoirs génétiques. RosesMonde s’intéresse à cette hybridité créative et à son intrication avec les logiques de patrimonialisation et de marchandisation du capitalisme, à travers un produit : la rose, au carrefour des industries culturelles et de l’agro-business. Comment la création variétale rosicole enregistre-t-elle la tension entre marchandisation et patrimonialisation, au cœur des dynamiques sociales et politiques actuelles ?

Les africanistes de l’équipe s’intéressent à la chaîne de valeur de la rose coupée. Ces travaux porteront sur les délocalisations productives et leur articulation à la métropolisation, sur la clusterisation, sur le rôle de la fleur dans les débats politiques locaux et la division internationale du travail et la façon dont les économies africaines s’y intègrent. L’objectif est de mesurer l’importance des innovations, ici géographiques, que stimulent les interdépendances le long de la chaîne de coopération et du dialogue entre les acteurs multi-situés. Au-delà, c’est le rôle de médiation joué par la fleur qui sera souligné par ces enquêtes géographiques.

Programme ANR défis de tous les savoirs Global Africa 2015-2017
(Christian Thibon)

Ce programme qui implique les trois UMIFREs africaines (USR CNRS33 36) dont l’IFRA Nairobi et le British Institute EA, LAM, le CIRAD, l’IMAF, porte sur les relations Afrique-monde avant la période esclavagiste et coloniale au travers de trois études de cas dont la diffusion des plantes américaines et asiatiques en Afrique des Grands Lacs et de l’Est suivi par le CIRAD/LAM/IFRA Nairobi. Les données récentes de la génétique des plantes, une géochronologie attendue, les mises à jour et les nouvelles interprétations de l’archéologie, de l’histoire politique et culturelle des peuplements et des formations politiques seront sollicitées. Dans un second temps, les résultats des trois équipes seront confrontés contribuant au renouvellement des connaissances sur une période et des échanges souvent ignorés.

Développement, Mémoire Et Territoire (DEMETER) – Programme CRA
(Pierre Blanc, Pierre-Jean Roca), en partenariat avec IFAID et Cap Coopération

DeMeTer propose une façon originale de revisiter la question du « développement »- selon le prisme de ses mémoires, en partant de l’analyse des projets de développement qui se sont suc- cédés, superposés ou juxtaposés sur un territoire donné. Pour mener ce travail, deux territoires sont comparés : la région Itasy à Madagascar et la région du Souss Massa Draa au Maroc. Toutes deux font l’objet de nombreuses actions portées par des acteurs internationaux, nationaux ou encore aquitains comme celles notamment du Conseil régional. Pour réaliser ce projet, des partenariats sont tissés avec des acteurs en Aquitaine comme l’IFAID et Cap Coopération.

L’objectif général est d’analyser l’impact de l’accumulation dans la durée des projets de développement à l’échelle d’un territoire, non dans une évaluation de l’imputabilité de ces projets sur le développement de l’espace concerné, mais dans une réflexion construite à partir de l’outil projet. Il s’agit donc de produire une analyse qui, prenant en compte les perceptions (i.e. les mémoires des projets) et le territoire comme espace politique, social, géographique et économique construit, dépasse les angles d’analyse et d’action « classiques » de l’outil projet (diagnostic, planification, réalisation, évaluation) et participe de la réflexion globale sur la qualité et l’efficacité de l’aide au développement. Plusieurs objectifs sous-tendent la réflexion : com- prendre l’articulation qui existe entre les mémoires matérielles et immatérielles des projets de développement d’une part, et le territoire en tant qu’espace géographique et socio-historique construit d’autre part ; créer des cadres d’analyse et de travail (outils et autres) nécessaires à l’inclusion des dimensions historiques (capitalisation, mémoires etc.) et des dynamiques sociales, politiques dans les projets de développement ; contribuer à la montée en qualité des projets de développement des acteurs aquitains (entre autres) en diffusant la démarche, les outils et les résultats de ce projet de recherche.

Villes Africaines - Forum urbain de Bordeaux
(CIS Idex de Bordeaux) (Gilles Pinson, avec Laurent Fourchard pour Villes africaines)

Le Forum urbain rassemble 40 chercheurs, bénéficie du soutien de partenaires locaux et régionaux (Métropole de Bordeaux, Région Aquitaine, Cap Sciences), il s’appuie sur cinq laboratoires de recherches aquitains (ADESS, CED, GRETHA, LAM, PAVE). Le CIS souhaite faire de la valorisation et du transfert de savoir à partir d’un capital de recherche qui porte sur la ville, la métropolisation et les questions urbaines. Ce n’est pas un programme de recherche, le projet vise plutôt à constituer une communauté académique et de professionnels autour d’objets de recherche pluridisciplinaires et de répondre à la demande sociale, politique et académique sur la ville. Il inclut trois dispositifs : le hub pour répondre à la demande d’expertise, le playground pour susciter des commandes pour des travaux d’étudiants et l’explorer qui vise à susciter le débat académique, promouvoir l’animation de l’espace public et proposer des orientations prospectives. Il inclut six thématiques principales (mode de vie, villes intelligentes, marchés urbains, ville durable, gouvernances, risques et santé). Il s’articule au master Gouvernance et stratégies métropolitaine de Sciences Po Bordeaux créée en 2015-2016, lequel hébergera un module « Villes africaines » à la rentrée 2016-2017, en collaboration avec l’école urbaine de Sciences Po Paris. Sept chercheurs de LAM en font partie.

 

LES PROGRAMMES RELEVANT DE L’AXE 2 PORTÉS PAR DES PARTENAIRES

Rurban Africa (African Rural-city connections) (2012-2016), programme européen
(resp France : François Bart, Bernard Calas, Bénédicte Thibaud)

Ce programme européen, international et interdisciplinaire, regroupe plu- sieurs universités : Loughborough (RU), Copenhague (Dk), Raboud (PB), IIED international, Paris 1 Panthéon-Sorbonne (PRODIG), Toulouse 2, Bordeaux Montaigne (LAM), Clermont-Ferrand (au Nord) ; Dschang (Cameroun), Sokoïne (Tanzanie), Rwanda, Ghana (au Sud).

The project focuses on four countries: Rwanda, Tanzania, Cameroon and Ghana. The overall objective of the African Rural-City Connections (Rurban Africa) project is to explore the connections between rural transformations, mobility, and urbanization processes and analyze how these contribute to an understanding of the scale, nature and location of poverty in sub- Saharan Africa. This will include critically scrutinizing the assumption that migration from rural areas to cities is one of the major development challenges faced by national and local governments in their efforts to stimulate economic growth and curb poverty. This overall objective will be met by obtaining an improved understanding of:

1) How agricultural transformation and socio-economic dynamics in rural areas marked by different forms of commoditization and land tenure systems interact with rural-urban resource flows.

2) The impacts of agricultural transformations and city dynamics on rural livelihoods, especially with regard to access to resources, income diversification and mobility, and how these relate to emerging patterns of inequalities and rural poverty.

3) How city growth and urbanization processes reflect socio-economic and demographic change, failures as well as successes in rural development, and how this impacts on urban economies and livelihoods.

4) How the dynamics of urban poverty relate to the nexus of rural-urban linkages and how this impacts on access to services in urban low-income areas.

5) How regional, national and local policies and knowledge environments address rural- city connections in relation to poverty reduction, and how new insights into these issues can stimulate policy dialogue and research capacity, in particular across the sub- Saharan region.

UNPEC. Urban NationaL Parks in Emerging Countries, ANR
(Fréderic Landy, Nanterre avec la participation de Bernard Calas)

Dans quelle mesure le mode de gestion d’un parc national urbain est-il révélateur du degré, des dynamiques et des formes d’émergence d’un pays et d’une ville ?

La question des parcs nationaux est en général considérée sous l’angle d’un antagonisme entre conservation (de la nature) et développement (des sociétés). Il existe une abondante littérature scientifique sur le sujet, qui prône une approche participative permettant d’intégrer les populations locales à la politique de protection et, de ce fait, de concilier équité et efficacité. Revisiter cette question dans le contexte des mégapoles des pays du Sud dont deux se situent en Afrique (Rio de Janeiro, le Cap, Bombay, Nairobi) oblige à abandonner une partie des conclusions habituelles, au risque du politiquement incorrect : quand une partie des parcs nationaux, très proches de grandes agglomérations en forte croissance, est conquise ou risque de l’être par des bidonvilles, par des résidences bourgeoises ou d’autres activités, peut-on encore prôner la cogestion et la participation des habitants ? La complexité du sujet est encore renforcée par son cadre international : celui de pays émergents, à des degrés divers. Car que signifie « l’émergence », sinon, en termes socio-culturels, la juxtaposition de groupes de plus en plus contrastés, dont les systèmes de représentation de la nature sont divergents ? Le processus d’émergence modifie la composition et la dynamique des classes sociales et fait du parc un lieu et un révélateur de rencontres et de conflits, au Brésil, en Inde, en Afrique du Sud et même dans des pays comme le Kenya, marqués par des crises économiques et politiques récurrentes, pour lesquels « l’émergence » semble encore être un objectif à atteindre plus qu’un réel processus de développement. Enfin, le processus d’émergence met en lumière les nouveaux enjeux de ces parcs : dits « nationaux », mais inscrits dans une dimension locale à l’échelle de l’agglomération urbaine, ils sont confrontés au défi d’une gestion qui doit se faire en tenant compte de ces multiples échelles.

REDES-ECOS - Université de Bordeaux et Université de Los Andes
(Jean-Philippe Berrou avec Thomas Deguilhem et François Combarnous, GREThA)

Le projet REDES, développé conjointement par l’Université de Bordeaux, Sciences Po Bordeaux et l’Université de Los Andes, propose d’étudier l’impact des différentes formes de réseaux de relations interpersonnelles sur le marché du travail à Bogota. De nombreux travaux en sciences sociales mettent en évidence les opportunités d’accès à des situations professionnelles différenciées à travers les réseaux sociaux. Dans ce sens, le marché du travail à Bogota apparait comme un champ géographique inédit et particulièrement propice à l’exploration de ces relations proches ou lointaines, aux contenus et aux géométries variables. Dans cette capitale latino-américaine une large majorité (65 %) des emplois et des activités sont trouvés, développés ou construits avec l’aide prépondérante des réseaux propres aux acteurs. Pourtant, bien qu’une analyse précise de l’accès par réseau s’avère justifiée au regard de l’existence marginale des institutions colombiennes de l’emploi, nous restons confrontés à l’absence de données pour pouvoir tester de façon rigoureuse les effets de la force des liens, du contenu des relations et de l’importance de l’homophilie sur ce marché du travail.

Pour pallier cette situation, le projet REDES développe un système mixte et original de collecte de données mené conjointement par le Département national de la statistique colombien (DANE), l’Université de Los Andes, l’Université de Bordeaux et Sciences Po Bordeaux. Un premier volet permet de saisir les caractéristiques des actifs occupés et de leurs emplois à l’échelle de l’aire métropolitaine de Bogota. Le deuxième volet, apparié avec le premier, vise à approfondir la compréhension statistique de l’influence des différentes formes et structures de réseaux sur l’emploi de ces derniers. Le troisième volet, à visée plus sociologique, permet de tracer à travers des récits de vie les différentes étapes de la socialisation des acteurs, immergés dans leurs propres dynamiques réticulaires pour accéder et évoluer sur ce marché du travail. À travers ce système mixte articulé en trois étapes, nous proposons un examen minutieux des hypothèses clefs forgées par plus de quarante ans de travaux sur les impacts différenciés des réseaux sur l’emploi. Ce projet permet d’éclairer sous un angle nouveau les structures, les procédures et les pratiques sociales des acteurs les amenant vers l’emploi à Bogota. Enfin, cette analyse originale nous amène à constituer des ponts avec d’autres champs disciplinaires au sein des sciences sociales autour des inégalités et de la stratification du marché du travail et de l’espace urbain.

« Informel » - Projet REBOR (Réseaux bordelais de Recherche sur les Réseaux)
porté par Guy Melançon (LaBRI – UMR 5800) avec la participation de Jean-Philippe Berrou, LAM & Thomas Deguilhem, GREThA

La communauté des chercheurs bordelais rassemble un groupe relativement important de membres développant des travaux autour de la notion de réseaux. La notion de réseau est aujourd’hui omniprésente dans le discours scientifique, et aussi dans la vie quotidienne. Elle semble s’être définitivement installée dans la réalité comme dans les esprits, dans le monde physique comme dans le monde social. On peut la voir comme une notion qui ouvre une méthodologie à part entière et qui ne cesse de gagner en pertinence ; ou alors comme un objet du monde, ou une représentation, qui, si elle en donne lecture, soulève de nombreuses questions. Cette notion apparaît comme paradigme posant la trame de théorie ou de modèles en géographie, en économie ou en sociologie, par exemple. Elle est aussi un pilier de méthodologies développées pour aborder des questions disciplinaires. L’incarnation qu’elle trouve en mathématiques discrètes et en informatique au travers des graphes vient la bousculer et pose ses exigences aux échanges entre disciplines, lorsqu’il s’agit « d’outiller » la recherche.

La création de REBOR vise à amplifier la visibilité et l’impact des travaux bordelais en lien avec la notion de réseaux.

Méditerranée et Proche-Orient - Géopolitique du Proche-Orient et géopolitique des dynamiques agraires dans cette région
(Pierre Blanc).

Pierre Blanc travaille sur le Proche-Orient où il s’intéresse aux rivalités de pouvoir, à leurs déterminants, aux acteurs impliqués et aux implications territoriales de la conflictualité. Il s’intéresse aussi aux dynamiques agraires qui s’articulent à cette conflictualité régionale. L’agriculture n’est évidemment pas neutre en termes de sécurité alimentaire, de couverture spatiale et de contrôle du territoire, de revendications territoriales et d’horogenèse, de mobilisations sociales, de disputes foncières et hydrauliques qui sont toutes des questions éminemment géopolitiques. Il est actuellement impliqué dans deux programmes de recherche :

-  Projet IHEID (Genève)-Université de Lausanne sur la région de l’Oronte (bassin-versant à cheval sur le Liban, la Syrie et la Turquie), qui vise à renseigner de façon holistique (de l’archéologie à la géopolitique) l’existant d’une région peu investie par la recherche.

-  l’ANR « Agrifirmes » coordonnée par François Purseigle et Geneviève Nguyen (ENSA Toulouse) vise à analyser les dynamiques de firmes agricoles.

 

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