LAM - Les Afriques dans le monde

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Bleek W.H. I,  Berlin 1827- Le Cap 1875

W.H.I Bleek (prononcer éék, rien à voir avec un nom anglais) mérite notre intérêt à divers titres.  Il montre  combien la philologie  africaine est ancienne. Il a soutenu en latin à Bonn, en 1851, avec le grand Egyptologue Lepsius, une thèse sur la langue tswana, le setswana. Ainsi l’on pouvait dès cette époque travailler sur les données écrites d’une langue de l’Afrique.  Rappelons qu’aujourd’hui encore, selon François Xavier Fauvelle-Aymar, le complexe sotho-tswana est celui qui couvre l’espace le plus important en Afrique  du sud. C’est également celui qui a donné lieu aux travaux les plus originaux : pensons au travail des Comaroff.  Notons que l’on soutenait à cette époque des thèses sur des sujets scientifiques africains.   Nous étions au début de l’africanistique, science des langues et des peuples de l’Afrique : projet devenu possible si l’on coupe le cordon entre les unes et les autres et si l’on renonce à ranger les peuples par ordre de développement intellectuel.

Bleek, chercheur original est aussi notre contemporain : pour lui,  la science est européenne et interdisciplinaire.  Cela ne facilita pas sa carrière. Il ne  trouva pas d’emploi universitaire, et  fut retenu, en 1854, par une expédition anglaise sur le Niger, menée par Baikie, mais malade, il dut la quitter avant la remontée du fleuve.

De retour en Angleterre, notre jeune Allemand, cherche encore un emploi et devient assistant du nouvel évêque du Natal,  J. Colenso, qui prépare une grammaire zulu et qui est passé à la postérité pour sa  lecture audacieuse de la Bible et sa défense de la culture zulu.

Notre linguiste est ensuite nommé interprète du gouverneur du Cap, G.Grey, en 1856, puis conservateur de sa bibliothèque, dont il donne un catalogue en 1858. Pour classer les ouvrages décrivant des langues, il se fonde sur un critère formel : ranger ensemble les langues à préfixes de classe devant la racine : par exemple –NTU, racine de ce qui est humain, donne  MU-NTU (un homme) au singulier de la classe 1 et BA-NTU au pluriel de la même classe.  Ce procédé  lui permet de regrouper les langues qui ont ce type de fonctionnement en classes.  Il les nomme Bantu : le terme est un mot-vedette de classement.

Il oppose les langues de l’Afrique australe à préfixe,  à celles des  groupes dans lesquels  ces mécanismes sont inconnus.  Par contre, celles-ci comportent des cliks, ces sons étranges pour nos oreilles. Il passera le reste de sa vie au Cap, habitant à côté de la prison, à converser avec des prisonniers TXAM — nom donné à la langue de ce  groupe san —, qu’il employait comme jardiniers, avec l’accord  de la prison et dont il fit des informateurs remarquables. Sa fille suivra ses traces. Les archives Bleek-Lloyd comportent aujourd’hui 138 carnets de notes et 12000 pages.

Le terme de BANTU qu’il a inventé fera fortune : à tel point que le critère formel deviendra un critère culturel, rassemblant les langues des  Noirs du sud de l’Afrique. Bleek s’aventurera dans  le domaine de la mythologie comparée : il tirera d’une analyse des contes TXAM une théorie des genres grammaticaux  dont il fera un critère de développement intellectuel.

Théorie heureusement oubliée mais qui montre la force de la tentation qui poussait à passer de la  langue à la culture, puis à ranger les cultures en degré d’évolution.

Reste de lui et du travail de sa fille et de sa belle-sœur, de belles traductions des poèmes TXAM. Traductions reprises et adaptées par un poète sud africain, Stephen Watson, puis  traduites en français. Elles ont été retraduites en anglais et en afrikaans par Antje Krog. La parole  poétique des Bushmen vit grâce leur premier traducteur. Reste aussi le terme bantu, l’unification d’un champ disciplinaire, et un terrain de recherches qui se poursuivent très activement  jusqu’à aujourd’hui pour retracer l’histoire des migrations de ces peuples et écrire l’histoire de l’Afrique, dans une collaboration entre la linguistique, la génétique, l’archéologie et  la botanique.

Alain Ricard

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