LAM - Les Afriques dans le monde

L - DicoLAM

Version imprimable version PDF

 


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

 

   Liyannaj kont Pwofitasyon !                                LITAF
 

 

Liyannaj kont Pwofitasyon !

La dénomination du collectif guadeloupéen qui a conduit le vaste mouvement social de 2009 à la Guadeloupe est un concentré des signifiants des cultures issues de la matrice esclavagiste et condense en lui-même bien des symboles. Le LKP – Liyannaj Kont Pwofitasyon – a désarçonné les journalistes autant que les chercheurs, pour trouver les termes d’une traduction stable. La Rue89 a opté pour « Debout contre les profiteurs » [1] ; l’Humanité a choisi le « Rassemblement contre l’exploitation outrancière » [2] ; Le Nouvel Observateur a remplacé « rassemblement » par « Collectif » [3] et d’autres comme Politis ou Le Point ont évité soigneusement l’exercice de traduction [4]. Sans doute l’expression reste-t-elle intraduisible. Selon la fréquence des occurrences qui parcourent la toile, « Liyannaj » évoquerait  le lien, le tissage. Mais plutôt que de chercher l’exactitude, ne faut-il pas tout simplement se laisser porter par l’inventivité de la langue créole versée au lexique français autour de ce mot si parlant : « profitation ». Celui-ci donne à la langue française de l’élan pour rendre présent à l’esprit ce que des mots usés n’ont plus le pouvoir de faire. La « profitation », c’est tout à la fois le profit, l’usurpation de ce profit, et la dénonciation de son caractère injuste. « Profitation » réussit la formidable union sémantique du « profit » et de « l’exploitation », deux termes qu’il était possible de placer dans des répertoires distincts pour se convaincre que la recherche des bénéfices économiques pouvait se passer de la question de leur juste répartition. Cette dénomination nous informe déjà, à sa manière, de l’expérience des sociétés créoles. Confrontées à l’histoire de rapports sociaux fondamentalement inégalitaires, ces sociétés forgent des outils où les modes d’une conscience critique se mêlent à des formes d’expression créative, parfois insaisissables parce qu’échappant aux conventions institutionnelles. Ce travail s’opère sans détournement si ce n’est celui des mots et des codes imposés pour parvenir à mieux atteindre encore les principes d’autorité qu’ils servent.

Pour en savoir plus :

  • Christine Chivallon, 2004, « Espace, mémoire à la Martinique. La belle histoire de ‘Providence' », Annales de Géographie , 638-639, pp. 400-424. (Version Pdf)
  • Christine Chivallon, 2009, « Guadeloupe et Martinique en lutte contre la ‘profitation' : du caractère nouveau d'une histoire ancienne », Revue en ligne, Justice Spatiale/Spatial Justice , n°1, http://www.jssj.org/archives/01/06.php - (Version Pdf)
  • Christine Chivallon, 2009, « Guadeloupe and Martinique and the fight against ‘profitation': a new twist to an old story in the French West Indies  », traduction de l'article précédent par Claire Hancock , Revue en ligne, Justice Spatiale/Spatial Justice , n°1. http://www.jssj.org/archives/01/06.php - (Version Pdf)
  • Christine Chivallon, 2010, « Mémoires de l’esclavage à la Martinique. L'explosion mémorielle et la révélation de mémoires anonymes », Cahiers d'Études Africaines , L (1), 197, 2010, pp. 235-261. (Version Pdf)

Christine Chivallon


[1] - Chloé Leprince « Guadeloupe : Paris dit  ‘statut’, le LKP crie ‘faux débat’ », Rue89, 02-22-09 (http://www.rue89.com/)

[2] - Rosa Moussaoui, « Guadeloupéens et Martiniquais debout contre la ‘profitation’, Humanité.fr, 19-02-09 (http://www.humanité.fr)

[3] - Jean-Paul Marie, « Et la Guadeloupe est devenue un volcan », Le Nouvel Observateur, n° 2311, 19-25 février 2009.

[4] - Alain Lormon, « Un processus pré-insurrectionnel », Politis, n° 1040, 19-25 février 2009. Yves Cornu, « Antilles. La vérité sur le LKP », Le Point, n° 1901, 19 février 2009.

 

--------------------------------------------------------------------------------

 

LITAF est une base de données de littératures africaines francophones conçue en 1988 par Virginia COULON, alors Maître de Conférences à l’Université Montesquieu - Bordeaux IV au sein d’un GDR dirigé par Alain RICARD, aujourd’hui directeur de recherches honoraire au CNRS, au moment où il était en poste au Centre d’Etude d’Afrique Noire (devenu LAM). V. COULON est membre associé du CEAN puis LAM de longue date. C’est dire les liens étroits entre LITAF et LAM, qui de surcroît héberge le site Web de LITAF dès sa mise en ligne en 1999. LITAF a bénéficié du soutien du Conseil Région d’Aquitaine de 1997 à 2000 et de l’Organisation Internationale de la Francophonie pour l’année 2008 : subventions gérées pour LITAF au sein du CEAN/LAM.

Devenue une véritable référence en la matière, LITAF n’a pas d’équivalent, ni en France, ni à l’étranger. LITAF est seule à recenser et à annoter systématiquement toutes les éditions de littérature africaine francophone (épuisées et disponibles, françaises et étrangères), y compris les bandes dessinées et les écrits pour l’enfance et la jeunesse. Les œuvres littéraires publiées sur le continent africain par les maisons d’éditions locales ne sont évidemment pas de reste. Elles représentent même – la chose mérite d’être soulignée - plus de 40 % des notices de la base ! Mais LITAF ne s’arrête pas là puisqu’elle recense aussi les ouvrages et articles critiques qui traitent de cette littérature, quel que soit le lieu ou la langue de publication. Les écrits critiques de nos collègues qui habitent sur le continent africain y figurent en bonne place et la saisie des revues publiées en Afrique est déjà bien avancée (quelques exemples : les Annales Aequatoria, les Annales des Universités d’Abidjan, de Dakar, et de Yaoundé, le Bulletin de IFAN, éthiopiques, Zaïre-Afrique - devenu Congo-Afrique…)

La base LITAF compte actuellement (octobre 2013) plus de 27.500 notices d’œuvres littéraires et d’écrits critiques. Toutes les notices sont accessibles en ligne sur le site www.litaf.org et interrogeables selon plusieurs critères (nom d’auteur, titre, genre littéraire, date de publication, éditeur, pays auteur, mots-clés…). Un tiers des notices environ comporte des annotations et ce travail se poursuit. LITAF est mise à jour régulièrement.

En matière de tirage papier, LITAF en est déjà à sa 2e édition. Parue pour la première fois en 1994, la Bibliographie francophone de littérature africaine : Afrique subsaharienne (EDICEF/AUF) ne comportait que 142 pages. épaisse de 480 pages, la deuxième édition de 2005 sert d’indice pour mesurer le chemin parcouru ! Au fil des ans, la base LITAF a également rendu possible l’édition d’un grand nombre d’études bibliographiques spécialisées (sur un auteur donné, sur l’écriture des femmes, sur le théâtre, sur les traductions françaises d’œuvres littéraires publiées dans d’autres langues, européennes ou africaines).

Virginia Coulon

Site internet réalisé par Informatique Libre