LAM - Les Afriques dans le monde

Résumé présentation Denis Banshimiyubusa

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« La 'dépersonnalisation' de l’organisation politique ou l’angle mort de l’institutionnalisation des partis politiques burundais. Le cas du parti dominant, le CNDD-FDD »

Au terme d’un accord général de cessez-le-feu signé en novembre 2003, le Conseil National pour la Défense de la Démocratie – Front pour la Défense de la Démocratie, « CNDD – FDD » mouvement rebelle qui venait de passer une dizaine d’années au maquis, accède au statut de parti politique en janvier 2005. Bien avant d’arriver à ce stade, certains de ses cadres dirigeants et combattants avaient déjà réintégré les différentes institutions (gouvernement, armée, police nationale, assemblée nationale, diplomatie, etc.) tandis que certains de ses guérilleros avaient été démobilisés et réinsérés dans la vie civile. En août 2005, le leader de ce désormais parti politique, Pierre Nkurunziza, devient le premier président de la République de la période post-transition. Se trouvant dans l’obligation de céder la présidence de son parti jugée incompatible avec ses nouvelles fonctions de chef de l’Etat, P. Nkurunziza est depuis lors confronté aux différents responsables qui se sont succédé, soit à la tête du CNDD-FDD, soit dans les différents organes dirigeants de ce même parti. Nkurunziza semble toutefois utiliser tous les moyens pour s’accaparer le pouvoir au sein de l'organisation : création de nouveaux organes sous son contrôle étroit (Conseil supérieur des sages), (auto)octroi du titre de « visionnaire permanent » du parti CNDD-FDD, instauration d’un mandat impératif au Parlement, nomination des « présidents figurants » à la tête du parti, suppression de certains organes qu’il estime échapper à son contrôle, instrumentalisation de la religion etc.

Contrairement à un certain nombre d'autres partis dominants africains, où l'appareil semble conserver une certaine prépondérance par rapport au leader (ANC/J. Zuma, ZANU PF/R. Mugabe, etc.), le CNDD-FDD semble offrir le visage d’un parti entièrement contrôlé – mais pas soumis – par Pierre Nkurunziza. Les nombreuses tentatives pour renverser cette suprématie d’un homme sur son organisation politique, menées par ses anciens compagnons de luttes ou très proches collaborateurs politico-administratives, ont en effet pour l'instant échoué.

Il s'agira de mieux comprendre les ressorts utilisés par Pierre Nkurunziza – terreur, division du parti, néopatrimonialisme, référendum du 17 mai pour conserver le pouvoir jusqu'en 2034 etc. – pour venir à bout de toute forme de dissidence au sein de son parti et ainsi asseoir sa position de « chef dominant » d’un « parti dominant »

 

Denis Banshimiyubusa, doctorant en Science Politique (UPPA - LAM)

 

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